Histoire de la ville de Najaf Al-Ashraf

La ville de Nadjaf est l’une de ces villes privilégiées de renfermer de nombreux monuments saints et de lieux historiques et archéologiques.

Nadjaf Al-Ashraf est une ville historique et sacrée, et un centre scientifique et religieux antique. C’est une ville bâtie autour du mausolée de l’Imam Ali, paix soit sur lui, a Dahir Kufa lors de sa découverte a la fin du deuxième siècle de l’Hégire et dont elle titre sa fierté et son statut. Cette ville est aujourd’hui, l’une des plus grandes et des plus anciennes villes irakiennes a caractère sacré et a plusieurs dimensions spatio-temporelle, économique et politique. Les monuments et le patrimoine de la ville font d’elle une sorte de registre pour les événements du passé: c’est le lieu ou se trouvent les restes du Prophète Adam, paix soit sur lui, la terre de naissance des proches du prophète et le refuge des messagers. C’est aussi la terre du déluge ou a accosté l’Arche de Noé, paix soit sur lui, et la demeure du prophète Abraham  paix soit sur lui.

Les événements ont ainsi continué à écrire l’Histoire honorable des partisans de Dieu jusqu’au jour ou cette ville s’honore par l’inhumation du saint corps du plus grand des tuteurs, l’imam, le commandeur des croyants Ali Ibn Abu Taleb.

Les appellations, et l'émergence, al-Nadjaf

Nadjaf est un mot d’origine arabe qui signifie selon Ibn Farés, « Un endroit rectangulaire élevé que l'eau ne peut submerger ». Le pluriel arabe de ce mot est Nidjaf, ce qui signifie les cœurs des abysses de la Terre. Une flèche, ou une grotte qu’on décrit de « manjouf » c’est une flèche ou une grotte large. Al-Jawhari donne la même définition du mot Nadjaf, c’est selon lui« Un lieu rectangulaire et plat »…Al-Zamkhachari dans son ouvrage sur « les bases de la rhétorique » emploie le mot Nadjaf : « Au centre du Ouedi (dela vallée) une nadjfa, une sorte d’endroit triangulaire comme un mur que les eaux ne peuvent submerger ». Les arabes utilisaient le mot Nadjaf dans le sens       d’« une terre ronde et haute dont le pluriel est nijaf ». Les linguistes et les historiens s’accordent a dire que Nadjaf signifie le terrain élevé semblable a une digue qui repousse l'eau de ce qu’elle abrite, ou qui empêche les crues des cours d’eau de submerger les maisons de Kufa et ses cimetières. Cette élévation représente la tête d’un triangle dont les bases sont constituées par les villes de Kufa et de Hira. Ces deux dernières forment ce qu’on appelle Al-Dhahr (littéralement le dos), ce qui signifie : les parties élevées de la terre des deux villes. Plusieurs noms ont été donnés a Nadjaf, parmi lesquels: Al-Rabwa (la colline), Al-Judi, Oued Al-Salem (la Vallée de la Paix), Al-Tawr (la phase), Al-Mashad, Banqia, Al-Bareq, (l’éblouissant) en raison de la brillance de ses sables ou encore Al-Ghari ou Al-Ghariyan.

 Cette dernière appellation signifie en langue arabe le protégé de tout.

L’appellation de la vile de « Nadjaf » a été reliée par certains a la présence d'une mer (la mer Ni) prés de Nadjaf. Quand cette mer a tari on a dit:« Ni-ja», sachant que «jaf »en arabe signifie sec, ce qui donne « mer sèche ». Parmi les autres noms de la ville de Nadjaf Al-Ashraf, même s’ils sont moins connus que (Nadjaf), et bien que certains soient courants, on cite: Al-Tawr (la phase), Al-Dahr, ou également « Al-Adari, qui est un endroit connu a Dhahr Kufa s’étendant de Hira a Bareq, situé dans le désert entre Nadjaf et Karbala».

D’autres appellations de la ville: Al-Judi, Al-Rabwa (ce qui est surélevé de la terre), et Al-Ghari: Cette dernière appellation signifie la belle bâtisse a la bonne architecture : en fait, ils étaient au nombre de deux Gharis à l’actuelle Nadjaf, mais on en a démoli un et laissé l’autre, c’est peut-être ce qui est a l’origine de cette dernière appellation de Nadjaf. Ce qui soutient cette thèse et lui apporte un témoignage, c’est le passage d’un vieux poète Al-Chibani aux cotés d’Al-Ghariyayn, et lorsque celui-ci aperçut,  l’une de ces belles constructions hautes démolies, et dont il n’en reste aucune trace, il se mit a réciter des verres ou il parle de ces deux bâtisses jadis si fortes, mais par la force des choses, par le temps qui s’écoule ainsi que par la fatalité qui fait que toute chose ait une fi n, l’une de ces deux constructions a tout de même fini par être démolie. Al-Ghari qui est en arabe le singulier du mot Al-Ghariyan, a été cité aussi dans la poésie de certains poètes tels que Sofiane Ibn Moussab Al-Abdi, décédé vers l’année 120 ou 128 de l’hégire.

Ce mot a été utilisé aussi au singulier dans la poésie du Charif Al-Radi, décédé en l’an 406 A.H. Parmi les autres appellations attribuées à Nadjaf, on retrouve également Al-Machhad : ce qui signifie le regroupement de la création. Ce nom a été cité dans le poème de l’écrivain et poète Al-Abassi Abu Ishäq Al-Sabi dans lequel ce dernier louait les louanges d’Al-Dawla (gouverneur de l’État) décédé en 372 A.H, lors de sa visite au mausolée de L’Imam Ali, paix soit sur lui, a Nadjaf.

 Oued Al-Salem est l’une de ces autres appellations qu’on retrouve dans les diverses documentations (littéralement la vallée de la paix), c’est un nom donné a la base, au grand cimetière de Nadjaf, comme une appellation du tout, par rapport a l’une de ses parties (le cimetière). On dit que le corps et l’âme des personnes enterrées sont bénis de paix et de sérénité par la terre de cette vallée de la paix. Il existe de nombreux récits sur les avantages de l’inhumation dans le sol de cette région sainte, en plus du fait qu’elle offre une dernière demeure à proximité de l’Imam Ali qui a honoré a jamais ce sol. Dans la Sunna, on a rapporté que l’Imam Ali, paix soit sur lui, qui a regardé vers Dhahr Al-Kufa c’est-a-dire vers Nadjaf, et a prié dieu qu’on l’enterre dans cette terre si belle et si pure.

Parmi les autres noms de Nadjaf, Banqia : qui est le nom d’une région de Kufa, achetée de ses propriétaires par le prophète Ibrahim (Abraham), paix soit sur lui, qui voulait que tout ce qui est sur cette terre entre en sa possession. Il a été rapporté sur Yaqout Al-Hamoudi dans « le Dictionnaire des pays » que Banqia s’étend sur la terre de Nadjaf sans Kufa. Le Cheikh Djaâfar Mahbouba soutient aussi cette dernière définition du mot qui est, selon lui « est un nom général, excepté la région de Kufa et ses environs», s’appuyant sur ce qui est cité dans les nouvelles du Khalil Al-Rahman, paix soit sur lui. Car celui-ci (Abraham), paix soit sur lui, « sortit de Babylon accompagné de son neveu Loth, et se rendit un jour à Banqia ». A l’époque, cette région était le théâtre de fréquents tremblements de terre. Mais durant tout le séjour du Prophète Ibrahim, cette contrée connut une heureuse accalmie. Une nuit, le Prophète Ibrahim et son neveu, quittèrent ces terres pour un village voisin et après leur départ, de fortes secousses sismiques reprirent de plus bel. Le Cheikh chez qui Ibrahim séjourna dit a ses concitoyens que les tremblements ne se sont arrêtés que lorsqu’un cheikh qui faisait beaucoup de prières séjourna chez eux (en faisant référence au prophète Ibrahim). Les habitants de la cité partirent retrouver Ibrahim et insistèrent fortement pour que le Prophète habite désormais en permanence à Banqia : « qui sont ces terres (en faisant référence à Nadjaf) ? » demanda Ibrahim, paix soit sur lui. « Elles nous appartiennent » répondirent les habitants. « Voudriez-vous me les vendre ? » demanda Ibrahim. « Elles vous appartiennent désormais !, Par dieu, elles ne se prêteraient ni aux cultures ni à l’élevage » rétorquèrent-ils. Ibrahim leur dit qu’il acceptait leur offre sous réserve que les habitants acceptaient de lui vendre ces terres qu’il ne voudrait que s’il les achetait car il détestait les prendre sans prix. Il leur a ainsi payé sa contre partie en moutons qu’il avait avec lui ».

Parmi les autres noms donnés aussi a Nadjaf Al Lissan (la langue) c’est -à-dire, la langue de la terre. Dahr Al Koufa, était ainsi connu sous ce nom la, malgré le fait que les noms de : Ouedi Al-Salem, Banqia, Al-Lissan, Al-Ghari, Al-Ghariyan, ou encore Al-Dhahr aient été utilisés, l’appellation « Nadjaf » demeure la plus courante chez les habitants de la ville et les proches du Prophète, paix soit sur eux. Ce nom est aussi le plus utilisé chez les écrivains et historiens, et chez les gens en général, en particulier dans les dernières époques.

Les différents noms de la ville de Nadjaf ne sont autres que l’expression vivante de la place importante de cette ville pour les Arabes et les musulmans. Par leurs écrits, ces derniers ont essayé d’exprimer ce que représente Nadjaf a leurs yeux et ce que cette ville procure a leurs âmes. Parfois ils exprimaient cela en prose, d’autres fois en poésie. Et Nadjaf est l’appellation la plus commune chez les Arabes. Il est connu historiquement que la région dans la période préislamique était le parc des rois de Hira, « les

Lakhmides ». C’était un endroit rempli de monastères chrétiens gérés par des prêtres et des moines. Parmi ces monastères : celui d’Ibn Mazûk, de Mart Mariam ou encore le monastère de Hanna. Ces lieux de culte étaient resté en l’état après la venue de l’Islam, et même après la rénovation de Kufa en l’an 17 A.H. On raconte que Nadjaf était fréquentée par les poètes de Kufa pour leur amusement et leur plaisir…..

Localisation et limites de la ville de Nadjaf

La ville de Nadjaf est située sur le bord du plateau du désert de l’ouest de l’Irak, a une distance de 160 km dans le sud ouest de Bagdad, sur une longitude de 44 degrés, et 19 minutes, et sur une latitude de 31 degrés et 59 minutes. Nadjaf est à une altitude de 70 mètres du niveau de la mer. Elle est délimitée de l’ouest par la dépression de Nadjaf reliée à la région d’Al-Chanka et aux frontières saoudiennes. Au sud et au sud ouest de Nadjaf on retrouve les villes de Hira et d’Abi Sakhr à une distance de 18 km. De l’est on retrouve Kufa. La superficie de la province de Nadjaf atteint 28 824 km2, et population est concentrée dans la partie nord de la province, notamment dans le centre de Nadjaf. Ses trois grandes villes à l’histoire remplie sont Kufa, Hira et Nadjaf Al-Ashraf…Les frontières administratives de Nadjaf en tant que province sont comme suit : a l’ouest et au nord-ouest, l’Arabie Saoudite et la province d’Al-Anbar. Au nord-est la province de Karbala, et entre l’Est et le Sud-est les provinces de Babil et Qadisiyah.

Edification de la ville de Nadjaf et ses raisons:

Le commandeur des croyants l’Imam Ali, paix soit sur lui, descendit a

Kufa apres la guerre Al-Jamal, et la prit pour capitale de son regne en l’an

36 A.H, pour des raisons politiques et militaires liées a son emplacement important au sein du monde musulman. Dhahr Al-Koufa (Al-Th awiya) est devenu le cimetière des musulmans a Kufa, dont un grand nombre de compagnons et disciples sont enterrés en son sein. Le premier compagnon a être enterré a Nadjaf est Al-Djalil Khabab Ben Al-Ërth que l’Imam Ali, paix soit sur lui, a béni en l’an 37 A.H. En l’an 40 A.H l’Imam, Ali paix soit sur lui, fut martyrisé dans son mihrab (sanctuaire) à la mosquée de Kufa, dans la nuit du 19 Ramadan.

Depuis le troisième millénaire avant J.-C, l’emplacement géographique de Nadjaf a favorisé a relier l’Irak a la péninsule arabique par le biais de la porte de Nadjaf. « Des sources historiques prouvent les larges relations entre les villes Hira, Al-Ahsa, Najd, le Hijaz et le Yémen. Par ailleurs, d’étroites relations existaient entre les habitants de Hira et les gens de la Mecque »24. Apres le recul du rôle de Hira et la croissance du rôle de Kufa, a la venue de l’Islam, l’importance de cette route a été renouvelée comme un passage pour les armées musulmanes sortant de l’île vers le monde oriental islamique ou se trouvait le camp des musulmans à Kufa. Cette route était aussi une voie pour les mouvements migratoires rampant de l’île vers la Mésopotamie. Ainsi, on conclut que la nature des facteurs géographiques de la ville de Nadjaf en emplacement, site et climat, même s’ils ne la qualifiaient pas a émerger en tant que ville, le facteur religieux associé a la fondation de cette ville a eu un grand impact dans le cœur des gens qui sont entrés dans une lutte afin de dompter la nature et de l’exploiter a leur service.

Sources:

extrait du: Livre Nadjaf.indb - strategicsinternational.com

A son auteur: Haîdar Abdul-Razzaq KAMOONA    Professeur d’Architecture et de planification urbaine de la ville – Université de Bagdad.